Un jour de la vie à l'ashram Anâmay (1ère partie)


Le soleil se lève sur l’Himalaya et, comme chaque matin, les Pandit
de l'ashram, élèves et professeurs réunis, sont déjà dans la salle
de yoga-méditation. Levés depuis l'aube, ils chantent maintenant
les hymnes védiques appropriés, le Suparbhatam, salut au jour,
salutation au soleil, comme l'ont fait avant eux leurs pères et
leurs ancêtres, depuis l'origine des temps.
La nature vibre de silence et de joie. Ananda.
L'Himalaya, la demeure des dieux, une expression bien connue qui
révèle un sens profond, en écho à l'expérience magique qui est la
nôtre. Privilège inouï de vivre ici, dans le giron de ces montagnes
sacrées. Indéniablement, le lieu vibre d'une présence, d'une
énergie particulière, puisssante et paisible à la fois. Voici un
endroit unique sur notre belle planète terre, où les forces de la
nature ont une intensité sans pareille, une qualité d'être, au
coeur des choses de la vie. Où l'on se sent porté, accueilli,
protégé. Et le temps se pose. Les envies d'être ailleurs, de faire
autre chose disparaissent comme les brumes au lever du soleil. Être
ici se suffit à soi-même.
La douceur de la présence maternelle de l'Inde prend une dimension
plus verticale et plus riche encore pour le pélerin qui s'approche
humblement. L'Himalaya est la demeure de la Mère Divine, Nanda
Devi, la Déesse joyeuse (nom du plus haut sommet de la chaîne que
nous voyons depuis l'ashram avec ses 7816 mètres d'altitude). Il y
a aussi le côté plus sauvage de l'énergie en présence. Les forces
plus vives et exprimées de la nature que l'on voit se déchaîner
plus haut en tempêtes de neige, en mouvements de pierre et de
glace. Une danse qui semble totalement indépendante des fourmis que
nous sommes, trottinant sur le flanc des collines.

Méditation. Enseignants, étudiants et travailleurs de l'ashram se
retrouvent matin et soir pour la méditation. Pas d'élitisme, ni de
ségrégation, toutes les éthnies, toutes les castes sont les
bienvenue dans l'ashram et dans la salle de
méditation.

Jai Guru Dev ! Peut-on lire sur le châle des enfants : Salutation
aux maîtres de la tradition !

L'heure du petit déjeuner. Infusions de plantes, sucrées au ghour,
sucre de canne brut au parfum de caramel, galettes et céréales, et
une cueillerée de Brahmi Rasayana, bien connu chez nous sous le nom
d'Amrit Kalash. Nous préparons nous-mêmes, dans le cadre de
l'ashram, cette potion magique dont la science moderne découvre peu
à peu les merveilleuses propriétés et qui fut remise au jour par
Balraj Maharshi, grand maître de l'ayurévéda. C'est lui qui inspira
Maharishi à en faire la fabrication et à la distribuer dans le
monde.
Plus d'infos sur l'Amrit Kalash.

En classe, les élèves apprennent le sanscrit, la récitation des
différents textes du Véda et des quarante branches de la
littérature védique. Ils appprofondissent peu à peu les différentes
disciplines de la science védique. L'enseignement est transmis
presque entièrement par oral, mais les enfants apprennent aussi à
lire et à écrire.
L'éducation des Pandits vise à leur permettre de devenir ce qu'ils
sont, les scientifiques du Véda, les porteurs d'une forme unique de
savoir, d'une méthodologie dont ils sont les seuls à pouvoir être
les agents. Nous reprendrons la délicate question des castes, de la
nécessité de les comprendre pour ce qu'elles ont de parfaitement
naturel et de juste, et non de discriminant ou d'exclusif. Mais il
est une réalité indéniable, qui gagne à être respectée : les
Pandits sont les descendants des Rishi védiques.
Les castes sont officiellement abolies en Inde depuis son
Indépendance en 1947, mais la réalité sociale demeure. Une
déclaration officielle de l'ONU et du gouvernement indien déclarent
même que les castes sont contraires à la déclaration des droits de
l'homme. Une vision moderne, socialement correcte, qui ne tient
malheureusement pas compte d'une réalité plus subtile, qui est
encore un mystère, un secret de la nature humaine. Les Brahmin,
dont les Pandit sont «les joyaux de la couronne» pour reprendre une
expression détournée par les Anglais, sont comme une race à part,
une éthnie d'essence védique, dont certains pensent même qu'elle
recèle une caractéristique génétique... (Ou la la, terrain
dangereux, en regard des délires despotiques et des barbaries dont
l'Histoire récente est le triste témoin.)
Voilà donc un sujet qu'il nous faudra reprendre tranquillement,
avec un regard ouvert sur les subtilités de la nature humaine et du
destin des êtres.

Alors que les enfants sont en classe, nous vaquons aux occupations
de la journée... Entretenir le jardin, bien sûr (pas besoin de
rentrer les géraniums pour l'hiver !)
Notre rôle est de tout diriger et superviser : les travaux en
cours, les livraisons, les soins donnés aux enfants et aux animaux
(nous avons une trentaine de vaches laitières et une douzaine de
chevaux pour les tramsports de matériel, l'ashram est à plus d'un
kilomètre de la route). Les commandes à faire, les courses à
organiser, répondre aux mille et une situations, aux imprévus qui
font la joie du quotidien. Une machine qui tombe en panne, un
enfant qui se blesse, une jument qui met bas, un orage qui
éclate...
La joie aussi, de comtempler un moment les montagnes, de respirer
un grand coup, d'accueillir des visiteurs de passage, de cueillir
les citrons mûrs avant qu'ils ne tombent et roulent dans les
buissons d'orties et d'èpineux. Les orties, justement, nous sommes
en train de faire du purin d'ortie et de récolter les graines des
plantes à maturité. L'idée de développer la culture de cette plante
merveilleuse aux applications si variées est en
discussion.

Bon appétit ! Le repas de midi se compose en général de riz et
soupe de lentille (dhâl), évidemment, d'un plat de légumes et de
chapati, galettes de blé dur cuit au feu de bois. Nous sommes en
train de défricher des terrasses en contrebas de l'ashram pour y
planter des légumes et des arbres fruitiers. Quelques orangers,
citroniers, un papayer (le seul qui a survécu à l'appétit vorace
des poulains en liberté), constituent un début de verger, en
développement.

Le repas de midi, s'il n'y a pas d'urgence, est un moment de
détente et de partage, entre nous, ou en compagnie des amis de
passage. Ashutosh-Urs (assis au centre) est le pionnier fondateur
et directeur de l'ashram. Le Swami, suisse d'origine, yogi au
pouvoir d'organisation exceptionnel, en compagnie de Gilles et
Jean-Paul, amis de longue date, venus du Québec, que nous
retrouvons avec joie, après bien des années...

Le nouveau bâtiment qui abrite la cuisine (notre cuisinier vous
salue !) la future salle à manger et sa terrasse ombragée sur le
toit, est le fruit d'une collaboration avec nos amis suisses de
l'association
Veda
Tradition Himalaya,
qui a financé l'ouvrage.
L'entreprise (construction, gestion et développement de l'ashram)
est entièrement financée, jusqu'à ce jour, par des donations
privées. L'école est gratuite pour les enfants, qui sont aussi
nourris, logés et vétus. Le salaire des enseignants et du personnel
doit être payé, les frais de construction, la gestion, les imprévus
doivent être couverts, bref, l'ashram est une entreprise
humanitaire financée par des donation privées.
L'aquisition du terrain et les constructions de base ont pu être
réalisées grâce à l'héritage de mes deux amis, collègues et
co-équipiers Ashutosh et Trilochana (ci-dessous). Ma contribution
financière est modeste pour le moment, j'ai quand même pu faire un
don, grâce au petit hérirage reçu de mes parents. J'espère arriver
à obtenir des subventions de l'Unesco, mais cela semble très
aléatoire. Je contacte des donatieurs potentiels, je fais des
relations publiques, en Inde et dans le monde, écrit des lettres,
lance des appels, vous présente ce blogue...

Bienvenue à toutes celles et à tous ceux d'entre vous qui
souhaitent participer. Entretenir un étudiant nous coûte environ
100.- ($ ou CHF) par mois. Pour avancer dans les constructions,
nous avons besoin d'un budget de dix mille francs par mois environ.
Nous employons jusqu'à 100 personnes sur les chantiers et il faut
tout amener à dos de cheval ou de mulets, ce qui renchérit encore
le prix des fournitures.
Pour effectuer un versement, une donation à
l'ashram.

Le dernier né de l'ashram, un poulain facétieux qui se promène en
liberté dans le domaine, et qui va brouter dans les jardins de thé
du voisin... Heureusement, il ne mange pas les plantes de thés,
mais l'herbe qui pousse au sol !

Dans quelques mois, le poulain ira rejoindre ses grands frères et
ses parents, ses cousins mulets pour amener à l'ashram le ciment,
le sable et autres fournitures nécessaires à la construction.

Nandkishore le menuisier prépare une pièce de bois pour constuire
une table de poudja pour les Pandits

A l'intérieur de la nouvelle maison d'hôtes en construction, un
maçon érige le mur de la salle de bain. Nous construisons pour
vous, donc ! Et nous réjouissons de pouvoir vous accueillir dans
cette demeure, qui a une vue tout simplement grandiose.
La voici ! Je vous laisse la comtempler...

... et j'aurai le plaisir de vous retrouver prochainement pour le
deuxième volet de cette visite illustrée de l'ashram et de son
quotidien.
L'idée est de mettre une nouvelle entrée en ligne
chaque jeudi
(si le temps, l'électricité et l'accès Internet le
permettent).
Je ne pense pas vous envoyer de rappel hebdomadaire pour éviter de
surcharger vos boîtes à courriels.
A vous de venir visiter le site, donc !

Avec mes plus amicales pensées !
Pierre

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Institut de Science védique

